L'anarchisme, quésako ?

La liberté

L'anarchisme est basé sur une conception radicale et complexe de la liberté qui pourrait se décliner en trois volets.

  • - Tout comme les libéraux, les anarchistes ont une conception négative de la liberté, c'est-à-dire que la liberté est l'absence de contraintes. Ainsi, l'individu doit être libre des contraintes extérieures à lui-même.
  • - À cette conception négative s'ajoute une conception positive de la liberté puisqu'ils considèrent que la liberté est également une potentialité, la possibilité pour l'individu de se réaliser et d'épanouir toute ses qualités.
  • - Enfin, les anarchistes ont une conception sociale de la liberté, qui a pour conséquence de lier de façon indissociable liberté et égalité. En effet, l'anarchisme postule que l'individu ne peut être libre qu'au sein d'une société solidaire composée d'individus libres. Ainsi, selon Bakounine, l'homme n'est réellement libre qu'autant que sa liberté, librement reconnue et représentée comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension à l'infini dans leur liberté. L'homme n'est vraiment libre que parmi d'autres hommes également libres ; et comme il n'est libre qu'à titre humain, l'esclavage d'un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l'humanité, est une négation de la liberté de tous (Catéchisme révolutionnaire).

Un projet de société libertaire

Est anarchiste toute personne dont le projet de société est déterminé par ces conceptions positive et sociale de la liberté. Ce projet varie selon les situations (sociales, culturelles, historiques, géographiques...), mais il propose toujours l'autonomie des individus dans la responsabilité, l'autogestion des collectivités dans le cadre de structures sociales non-hiérarchiques, radicalement démocratiques, décentralisées et fédéralistes. […]

Des stratégies de changement

Les anarchistes ont en commun de proposer des stratégies de changement révolutionnaire impliquant l'institution immédiate de leur projet politique autogestionnaire. Ils se sont donc toujours opposés aux stratégies communistes autoritaires (transition par une pseudo "dictature du prolétariat") ainsi qu'à la conquête du pouvoir d'État par des partis politiques hiérarchisés.

Ils sont généralement abstentionnistes lors des élections sans en faire une règle immuable (par exemple participation libre des adhérents de la CNT espagnole aux élections de 1936).

Les anarchistes œuvrent avant tout dans les mouvements sociaux et préconisent l'action directe (non-violente de préférence) et l'auto-organisation des citoyens à la base.

[…] Les anarchistes insistent aujourd'hui sur l'action communautaire (collectifs, centres sociaux, coordinations...), sur la formation d'institutions alternatives sur une base locale (écoles libertaires, collectivités agricoles autogérées, coopératives de production, radios libres et presse associative...) qui sont de véritables laboratoires miniatures de ce que pourrait être une société libertaire.

Les anarcho-syndicalistes, quant à eux, axent leur stratégie sur l'action revendicative de masse dans les entreprises et la construction de syndicats conçus comme les embryons de la société nouvelle. Ils préconisent des formes d'action directe comme le sabotage, le boycott, la grève partielle et la grève générale gestionnaire et expropriatrice.

Les anarcho-pacifistes insistent sur l'action directe non-violente et sur la désobéissance civile comme moyen de renverser l'ordre hiérarchique oppressif.

Bien qu'ils soient des révolutionnaires, les anarchistes ne rejettent pas pour autant des formes de lutte partielles, intermédiaires et quotidiennes. Au contraire, un théoricien comme Élisée Reclus (qui fut parmi les [figures marquantes] de l'Université Libre de Bruxelles) considère qu'évolution et révolution font partie d'un même processus et que chaque action peut être efficace si elle s'inscrit dans une perspective anti-autoritaire. Les libertaires considèrent l'auto-formation et l'éducation comme étant parmi les principaux leviers pour accéder à une société d'humains libres, autonomes et responsables.

Notons, pour terminer, qu'une minorité de libertaires n'est pas révolutionnaire. S'affirmant individualistes, ils considèrent que les " rêves de grands soirs " sont eux-mêmes potentiellement répressifs et estiment que c'est à l'individu de se libérer en rejetant lui-même la société dominatrice. Pour beaucoup d'individualistes, être anarchiste signifie être " en dehors " et vivre selon ses propres principes, en refusant de collaborer aux institutions oppressives. Cette attitude mène parfois vers une forme d'individualisme aristocratique d'inspiration nietzschéenne, comme le développe le philosophe français Michel Onfray par exemple.

Editions Alternative Libertaire