Approche de l'anarchieL'anarchie signifie absence de gouvernement, absence de toute organisation autoritaire et violente pour qui avec la violence et la menace de la violence on oblige l'homme à faire ce qu'il ne veut pas, et à ne pas faire ce qu'il veut faire. Absence donc non seulement de l'organisme gouvernemental dont les lois interdisent et imposent de faire ce que les législateurs ont établi -, mais absence aussi du patron qui impose sa volonté en donnant selon son plaisir plus ou moins de pain aux estomacs des prolétaires ; absence du prêtre qui pousse tous à se pencher vers lui et pousse spécialement le peuple à obéir au gouvernement et au patron, avec la violence morale de la religion (menace d'une violence terrible, l'enfer après la mort). Le mouvement révolutionnaire anarchiste est une lutte contre la manifestation violente et coercitive de l'autorité. Et les partis dans lesquels une telle coercition ne s'exerce pas et pour qu'elle ne se sophistique pas -, je n'entends pas par violence que la violence matérielle directe ou la menace d'une violence matérielle avec qui la contrainte s'exerce -, ces partis ne sont pas autoritaires dans la pratique. Pour l'être, tout en n'ayant pas en soi des organismes violents, il faut qu'ils le soient par parti pris, délibérément, par programme et par principe. Par exemple, le parti républicain, le parti socialiste et de nombreuses organisations ouvrières, sont autoritaires, pas vraiment parce qu'elles exercent une violente autorité, et non parce qu'elles sont organisées, mais simplement parce que leur but est autoritaire, leurs idées et leurs programmes admettent et même réclament comme nécessaire l'autorité, leurs méthodes de lutte politique s'appuyant à travers le légalitarisme et le parlementarisme, avec l'autorité en action des gouvernements et de la société bourgeoise. En parlant d'abolition de l'autorité et de la liberté, il y a quelques anarchistes qui entendent aussi l'élimination de l'autorité non coercitive, de la discipline morale qui apparaît de la nécessité de l'union de plusieurs personnes, sur le terrain d'un pacte réciproque de convivance et d'entraide. Ils ne pensent pas que la liberté absolue de l'homme n'existe pas, qu'elle est une chose toute relative, déterminée par des causes extérieures et soumises à celles-ci. Elle est en somme la possibilité de pouvoir satisfaire tous nos besoins physiques et psychiques et de ne supporter aucune prédominance de la part des autres. Cette liberté est impossible sans l'organisation. Toute organisation libertaire apparaît dans la mesure où il y a nécessité de s'unir en groupe pour réaliser un but donné pour en réaliser d'autres, de fédérer les groupes entre eux et ainsi de suite. L'anarchie comme aspiration positive de bataille, c'est la destruction des tyrannies matérielles, elle n'a rien d'autre à opposer aux autorités morales que la science. La science en elle-même représente une source d'autorités morales. Qui ne reconnaîtra pas en anarchie l'autorité du médecin pour l'hygiène et de l'architecte pour les constructions murales. Ainsi il y aura l'autorité morale de l'homme de génie, de l'homme sympathique, actif, etc., l'anarchie ne cessant pas pour cela d'exister, du moment que ni le médecin, ni l'architecte, ni l'homme génial ou actif, ni le fourbe ne pourront faire valoir leur autorité quand les autres ne voudront pas la subir. L'organisation sociale anarchiste ne mettra à leur disposition aucun moyen de contraindre la volonté d'autrui. Ce phénomène apportera certainement des inconvénients, mais... nous n'avons jamais pensé qu'en anarchie il n'y aura plus d'inconvénients de ce genre et qu'alors on retournera au paradis terrestre. |
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