Face aux multiples courants libertaires

Nous ne prétendons pas à l'infaillibilité, nous pouvons aussi avoir tort, néanmoins nous croyons avoir raison. Et tant que nous penserons avoir raison, nous chercherons à ce que l'on ne croye pas que notre idée est le contraire de ce qu'elle est. Nous ressentons le besoin de dépenser nos faibles moyens pour faire la propagande que nous croyons bonne, et nous refusons d'aider celle que nous considérons mauvaise.

Même de loin nous ne voulons pas nous rendre solidaires d'idées et de méthodes qui ne sont pas les nôtres, en conséquence nous désirons éviter la confusion qui nous unit pèle-mêle et rend notre propagande cahotique, contradictoire et sans résultat.

Il apparaît que les différentes interprétations de l'anarchie se reconnaissent dans des méthodes et des voies de fait, elles aussi très différentes et contradictoires - certaines tellement antisociales et antilibertaires qu'elles font plus obstacle à notre propagande que la plus féroce des réactions.

Vous, par exemple, qui êtes partisans de l'organisation syndicale, vous allez faire une conférence pour conseiller les ouvriers de s'organiser Eh bien, sur la même place ou vous aurez parlé en faveur de l'organisation, de la grève générale, de l'agitation révolutionnaire pour les huit heures. au nom de l'anarchie, voici que le lendemain, toujours au nom de l'anarchie, un autre viendra dire que l'organisation ouvrière est un emplâtre inutile, que la grève générale est une utopie ou un miroir aux alouettes, que la conquête des huit heures est une réformette indigne d'être défendue par les révolutionnaires, tout cela je l'ai souvent lu dans les journaux anarchistes de tendance anti-organisatrice.

Il ne faut pas l'oublier, l'organisation est un moyen de se différencier, de préciser un programme d'idées et de méthodes établies, une sorte de bannière de rassemblement pour partir au combat en sachant sur qui l'on peut compter et en ayant la conscience de la force que l'on puisse déployer.

Les formes de cette organisation comptent peu, le nom est souvent la seule et unique forme qui la distingue de l'organisation inavouée de ceux qui disent ne pas être organisés. Nous assumons le nom parce qu'il précise notre idée et nos propositions parce qu'il a la valeur d'un programme. Nous disons, par exemple, parti anarchiste en entendant simplement l'ensemble de tous ceux qui combattent pour l'anarchie. Lorsque nous précisons fédération socialiste-anarchiste nous pensons à l'union préétablie des individus et des groupes adhérents qui se sont mis d'accord dans une localité donné autour d'un programme d'idées et de méthodes.

Nous croyons nécessaire de nous mettre franchement en route pour une voie bien définie, avec nos moyens et la seule responsabilité de nos actions, de façon que ce que nous faisons ne soit pas détruit par les autres. Ils sont plusieurs ceux qui dans la propagande théorique et dans l'action disent et font une quantité d'idées et de choses qui ne nous semblent pas anarchistes, ou tout au moins ne sont pas utiles selon nous, tout au contraire.

Cela de façon à ce que nos idées et nos méthodes apparaissent sous leur véritable signification sans équivoques ni confusion, aussi bien aux yeux des camarades et des sympathisants qui pourront ainsi rompre avec autant d'incertitudes qu'avec le public afin qu'il sache que nos idées sont celles-là et non leur contraire.

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