Entraide : liberté et action

« La plus grande satisfaction possible de son moi, le plus grand bien-être matériel et moral, la plus grande liberté, ne sont possibles que lorsque l’homme est lié à l’autre par le pacte de l’aide mutuelle. Un homme en accord avec la société est toujours plus libre que l’homme en lutte contre la société. Les anarchistes combattent l’organisation sociale actuelle, justement parce qu’elle empêche l’existence d’une société relativement utile à tous les individus et oeuvrent pour que la société entière ne soit plus régie sur la lutte la plus enragée et féroce, sur l’exploitation et sur la violence tyrannique de l’homme sur l’homme ».

Il arrive souvent que se construisent des théories, plus ou moins justes à leur point de départ, qui tout en évoluant avec la logique conduisent àun point que l’on ne croyait ni ne voulait rejoindre. Cela arrive spécialement quand on avance avec des doctrines abstraites, abandonnant complètement le champ expérimental des faits.

Cela arrive en fait à beaucoup d’anarchistes individualistes de toutes les nuances, de l’individualiste stirnerien anti-socialiste à l’individualiste communiste anti-organisateur.

Conduits par la logique abstraite, ces camarades arrivent à perdre de vue l’intérêt de la propagande anarchiste et révolutionnaire. Ils s’isolent dans la societé jusqu’à ne plus pouvoir y exercer aucune influence ; ce qui équivaut à condamner notre idée à rester perpétuellement au stade de l’utopie. Si en prétendant à tout acte de la propagande et de l’action révolutionnaire, la cohérence absolue avec le principe abstrait de l’anarchie ou de sa propre interprétation de ce principe ; si (et c’est celle-ci la raison la plus véritable) devant la difficulté inégalable d’agir libertairement, on écarte toute forme d’action dans laquelle telle difficulté est la plus forte, on finit par ne plus rien faire ou très peu — comme Origène qui, pour se maintenir pur (ou plutôt parce qu’il n’avait pas la force de se maintenir tel), se coupa les organes sexuels. Toute l’action anarchiste finit par se limiter à la partie critique de l’oeuvre d’autrui, à la propagande théorique —souvent cahotique et pleine de contradiction— et à quelque acte isolé de rébellion qui, dans la meilleure hypothèse, a justement le tort de réclamer un effort trop granci pour pouvoir se derouler et, donc, exercer une influence grandissante sur les événements.

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