La non-violence pour la révolutionIl semble donc que choisir la non-violence pour construire la révolution n'est pas complètement irréaliste et ne se base pas uniquement sur des principes éthiques. Ce choix n'ignore ni les rapports de force en présence, ni la nature du pouvoir, ni les moyens nécessaires pour le renverser. La démocratisation d'un grand nombre de pays à travers la résistance civile, comme par exemple en Europe de l'Est, aux Philippines et en Afrique de Sud, démontre bien qu'une résistance non-violente pouvait amener des révolutions politiques nationales. Enfin, pour en revenir aux considérations de la première partie car c'est important, la stratégie non-violente n'ignore pas non plus la problématique fondamentale de la fin et des moyens. Il est vain, je le répète, d'espérer le succès d'une révolution libertaire en usant du moyen autoritaire par excellence qu'est la violence, parce que (en oubliant même les atrocités commises pour faire aboutir la révolution), pour se maintenir, une révolution violente a immanquablement besoin d'encore d'autres violences, et d'une domination toujours accrue de ceux qui pourraient la mettre en péril. Comment dans un tel contexte mettre en place la libération des esprits nécessaire à une réelle révolution libertaire, qui serait non seulement politique et économique, mais aussi culturelle et sociale, dans laquelle toute forme de domination dans les rapports humains serait abolie? Pour sortir de ce problème apparemment insoluble, on peut se demander si tant que la violence semble indispensable à la révolution sociale, cela n'indique justement pas que les mentalités ne sont pas encore suffisamment préparées à la révolution libertaire intégrale. Cette dernière remarque ne doit certainement pas inviter à la passivité et à postposer sans fin la révolution car, au contraire, nous devons la faire dès maintenant, ici, dans le quotidien, partout, en la vivant par les idées et par les actes.
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