La COB dans la rue

Le jeudi 13 février comptera 17 morts supplémentaires et plus de 40 blessés. Alors que vers 10 heures le cortège de la COB s'assemble, des tanks prennent place aux alentours de la place Murillo. Un hélicoptère survole la ville de La Paz et dépose des hommes sur les points les plus élevés de la ville. « Ce sont des francs-tireurs », disent les rumeurs. Le cortège de la COB réunit un nombre important de secteurs ; la revendication de la marche est claire : la démission de Goni. Opportunistes, les députés d'opposition, taiseux jusqu'à présent, se sont glissés dans le cortège.

L'objectif de la COB : entrer sur la place Murillo. Mais la manifestation est réprimée dès son départ ; aussi la marche se divise pour atteindre son but. La Cour suprême est attaquée ainsi que le ministère de la Justice. Des voitures en flammes jonchent les rues. À l'arrivée, place Murillo, les manifestants sont la cible des balles de la police militaire. Il y aura 8 morts à La Paz. Au moins 7 franc-tireurs ont été placés par hélicoptère ; ils tueront notamment une jeune infirmière de 24 ans et un médecin, tous deux sur les lieux des affrontements avec un gilet de la Croix-Rouge. On parle ici à juste titre de la caste des « sans-consciences », ces franc-tireurs. Au gouvernement, personne ne sait d'où ils viennent, on nie même leur existence, malgré l'évidence. Tout va bien…

À El Alto, la violence n'est pas moindre : l'hélicoptère des francs-tireurs est aussi passé. Les tanks sont également présents. Des attaques contre Coca-Cola s'organisent, mais Pepsi, juste à côté, reste intact. « Coca-cola a des capitaux chiliens », selon les assaillants : « On n'attaquera pas Pepsi car la majorité de ses fonds sont boliviens ». Cette attaque se soldera par un mort, une balle dans la nuque. Il y aura 7 autres tués à El Alto.

Le fameux hélicoptère repassera vers 17 heures, apparemment pour reprendre les hommes, une fois leur mission accomplie.
Vendredi 14, le gouvernement, acculé, joue la carte de la manipulation médiatique. Il prétend que l'on aurait tenté d'assassiner le Président, pour réaliser un coup d'État. La population exige des preuves. Et voilà que les intéressés montrent des impacts de balles dans la salle où se trouvait le Président lors des affrontements. Et ce serait l'œuvre d'un franc-tireur… La police aurait-elle, aussi, placé des franc-tireurs ? Des médias officiels le prétendent. Pourtant si la police a protesté contre l'« Impuestazo », et si dans l'affrontement elle a eu la possibilité de prendre le palais présidentiel, le coup d'État n'était pas l'objectif initial. Beaucoup d'éléments tendent à prouver que les balles retrouvées dans le cabinet du Président ont été tirées après les affrontements. En réalité, tout le monde est sceptique. L'invention du coup d'État tenterait de détourner l'attention de la légitimité du Président au pouvoir. Il s'y accrochera comme un chien à son os.

Un capitaine des forces armées aériennes est arrêté. On le soupçonne d'être un franc-tireur. Mais le gouvernement estime que les preuves contre lui ne sont pas suffisantes. Lors de sa capture, il a été en tous les cas bien tabassé.

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