Les symboles de l'État

Ce discours pathétique ne suffira pas à faire cesser les affrontements et à calmer la colère populaire. En fin de journée, on dénombrera 16 morts et plus de 75 blessés. Et le Président reprendra l'antenne, entouré cette fois des plus hauts dirigeants de la police et de l'armée pour ordonner le retrait des deux forces : « Je vous en conjure… » Ce sera fait, mais tard. Le général de la police couvre, en pleurs, le corps de deux policiers morts avec le veston de son uniforme, il menace de renoncer à ses fonctions.

À 17 heures, le ministère du Travail est attaqué et incendié par la population. Contrairement à ce que prétendent les médias, ce ne furent pas des pillages mais une attaque sans précédent des symboles de l'État. Quarante-cinq minutes plus tard, c'est au tour du grand bâtiment de la Vice-présidence d'être attaqué et incendié. Mais, à 18 h 15, la police militaire, toujours appuyée par les francs-tireurs, tire dans la foule.

Lorsque la nuit commence à tomber, les attaques s'étendent à El Alto, ville contiguë à La Paz et beaucoup plus pauvre qu'elle. Les habitants s'en prennent directement à la mairie de El Alto, qui sera entièrement détruite par les flammes. Elle a brûlé durant 24 heures. Les centres commerciaux et les commerces commencent eux-aussi à être la cible des attaques : certains seront entièrement détruits et saccagés, suite à des actes de réappropriation. À 21 heures, ce sera au tour du ministère du Développement durable d'être ravagé par les flammes. Un quart d'heure plus tard, les attaques se tournent vers la « Cervecería Nacional de Bolivia », la fabrique de bière « bolivienne », aux mains du géant hollandais Heineken. Une partie de la prison San Pedro de la ville est en flammes.

Les petits commerçants s'organisent, dressent des fils barbelés dans les rues et autours de leurs magasins et se munissent de bâtons et parfois d'armes à feu… Un véritable chaos s'installe.

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