Trois journées sanglantes« Ce qui vient de se passer est une manifestation très représentative de l'érosion de l'autorité étatique, dans un simulacre de gouvernement démocratique. » Vers 10 heures, le matin du 12 février 2003, les étudiants du collège Ayacucho de La Paz descendent dans les rues pour protester contre le licenciement du directeur du collège pour raisons politiques. Après être passés par les rues principales du centre de la ville, les collégiens se dirigent d'un pas décidé vers la place Murillo, où se trouve le palais présidentiel. Ils seront accueillis à coups de gaz lacrymogène par la police militaire qui garde les lieux. La police n'intervient pas : elle s'est mutinée la veille en protestation contre l'« impuestazo ». Les policiers figurent en effet parmi les salaires les plus bas du pays et seront donc directement touchés par cette mesure dictée par le FMI. À coup de pierres, les collégiens refoulent les effectifs militaires dans le palais présidentiel. La voie est libre : les jeunes envahissent la place Murillo, s'arment de pierres et défoncent les vitres du bâtiment. Jusqu'à ce que la police militaire lance quelques gaz lacrymogènes à travers les vitres brisées. La foule se disperse. Mais à l'autre bout de la place, des manifestants se sont positionnés pour protester contre la mesure du gouvernement. Derrière eux, plus d'une centaine de policiers arrivent armés et lancent des gaz lacrymogènes en direction du palais. Les effectifs militaires sortent pour riposter. Et les civils sont pris au milieu d'une incroyable fusillade qui a duré 15 minutes. Il est un peu plus de 13 heures. La place n'est plus qu'un champ de bataille : les pierres des collégiens, les gaz lacrymogènes puis les balles en caoutchouc ont laissé place aux balles réelles. Les « francs-tireurs », cachés derrière le blason national, ont pris position sur le toit du palais présidentiel. Profitant de cette trêve, Freddy Teodovich, en charge de la défense, tente de dialoguer avec les policiers tandis que le ministre Sanchez Berzaïn donne une conférence de presse dans le palais : « Tout va bientôt rentrer dans l'ordre ». Mais les journalistes, eux, ont le sentiment que la situation se détériore : les détonations de gaz et le bruit des rafales de mitraillettes se font entendre à nouveau sur la place. Les affrontements ont repris de plus belle, le pouvoir en place est sérieusement menacé. |
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