Hasard de l'Histoire

Les libertaires auraient sans doute l'allure d'avant-garde éclairée si, parallèlement à la cessation immédiate du forcing de ces généticiens, ils n'exigent pas un débat généralisé puisque ce passage artificiel à un autre mode de reproduction pose, directement ou indirectement, à chacun de nous la question de son humanité. Mais ce débat réclame au moins trois points fondamentaux. Premièrement : qu'il se déroule dans la sérénité, ce qui n'est pas le cas actuellement. Deuxièmement : que chacun ait à sa disposition les connaissances ainsi que les tenants et les aboutissants du débat, ce qui n'est pas le cas actuellement. Troisièmement : que chacun ait acquis le même degré d'autonomie dans le domaine de l'éducation, de l'économie, de la santé, etc., ce qui est loin d'être le cas.

S'il est besoin de le rappeler, l'autonomie personnelle est « un idéal, plus qu'une donnée sur laquelle chacun pourrait compter dans ses relations avec autrui ». Du coup, Kant posait l'autonomie comme un but, un bien, toujours à viser mais jamais atteint 10.

À supposer que l'autonomie soit cependant acquise par tous, il faut encore qu'à la fin du débat il y ait un consensus et que chacun s'y tienne, ce qui est loin d'être le cas. Si ces deux derniers points ne sont pas réalisés, le passage au clonage reproductif engendrerait aussitôt des espèces humaines technoscientifiques inégales. Une inégalité que les libertaires refusent et refuseront.

Exigeons le maintien de notre unicité et de sa mortalité. Libertaires ! Exigeons le respect des droits de l'Homme. Égalitaires ! Notre dignité grandit avec celles des autres. Frères !

Hertje
Février 2003
publié dans le Monde libertaire

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