Principe de prudence

Mais sur quoi fonder une philosophie de la prudence ? Dégageons quelques pistes qui devront être complétées, amendées. Le manichéisme religieux - corps impur, esprit pur - désolidarise le physique de l'intellect et ouvre paradoxalement la porte aux manipulations génétiques.

La dualité « laïque » a égale- ment ses limites. Admettre que nous pouvons agir sur notre environnement et admettre simultanément, à la suite du Français Gilbert Simondon, que « la matière biophysique de l'être humain - son corps, y compris son cerveau - est le milieu extérieur le plus proche de l'homme », amène à considérer que « l'homme est un esprit, une liberté insaisissable qui se sert de la technique pour s'émanciper toujours d'avantage des limites que lui imposent le monde physique », dont son corps et ses organes 5. Ce raisonnement est (généralement) acceptable tant que celui qui a recours à la technoscience agit sur lui-même, ce ne l'est plus dès lors qu'il hypothèque la volonté d'autrui, comme c'est le cas avec le clonage.

Par ailleurs, définir l'essence de l'homme sur une base religieuse fait appel aux dogmes irrévocables et non scientifiques. Distinguer la spécificité humaine dans la culture entrebâille la porte aux conceptions ethnocentriques et dominatrices, occidentales ou autres. Chercher une « différence anthropologique », restée identique à travers les siècles, dans les lois édictées par la nature dote non seulement celle-ci d'une conscience immanente, ce qui ne tient pas la route, mais nie aussi l'évolution corporelle et mentale de l'homme.

L'être humain n'est pas immuable : depuis l'homme de Neandertal, il a évolué, il s'est modifié. Mais cela n'a jamais, comme aujourd'hui, mis en danger son unicité, sa liberté. Une liberté qui constitue sans doute un de ses élément sacrés. Une liberté qui lui confère son identité d'homme et qu'il ne doit qu'à lui-même.

Si nous voulons nous dépasser, et déjouer les pièges de la réflexion, la seule victoire possible est sans doute une re-création symbolique, intellectuelle de l'homme. Un dépassement mental de nous-mêmes. Nous nous faisons « symboliquement » les créateurs de nous-mêmes. « L'avenir de l'Homo sapiens n'est autre que l'Homo sapiens sapiens 6 ».

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